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11Jan 2014

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Aue Caesar, morituri te salutant : « Salut, César (ou « Seigneur »), ceux qui vont mourir te saluent. »

Personne n’ignore que les gladiateurs, à leur entrée dans l’arène, se dirigeaient d’un pas décidé vers la loge impériale pour s’acquitter de cet indispensable usage. Le film Gladiator revient d’ailleurs sur cette formalité, Ridley Scott le rappelle même deux fois.

Et pourtant !

Dès le départ deux détails posent problème, mais personne n’a jamais souhaité leurs porter attention.

D’abord, le aue , en latin, n’est pas un « salut » ou un « bonjour » banal (comme le commun salue ) ; c’est le salut militaire réglementaire, pour ne pas dire obligatoire. Pourtant les gladiateurs ne sont évidemment pas des soldats. Un gladiateur, même retraité, même gracié, même « libéré », ne pourra jamais s’engager dans l’armée : la profession qu’il a exercée le marque à jamais d’ infamia (ce qui revient « grosso-modo » à la perte des droits civils et politiques, au même tire que les prostituées).

Ensuite et avant tout, le morituri est absurde (au sens philosophique du terme) : comment ceux qui vont mourir en seraient-ils sûrs à priori ? Ou bien tous sauraient-ils qu’ils vont mourir de toute façon ? Évidemment non, en combat singulier, il y a par définition un survivant sur deux. Un gladiateur bien entraîné est un investissement qu’on ne sacrifiera pas à la légère – loge privée, autorisations de sorties dans les lupanars de Rome, voiture avec porteurs, le statut de sportif n’a jamais vraiment évolué. Le perdant obtient toujours sa grâce (uenia ).

La formule existe néanmoins.

Ce n’est pas une formule ex nihilo (sortie de nulle part), elle a bien été prononcée, mais une seule fois, devant l’empereur Claude. En effet, Claude offrait à son peuple des Jeux pour immortaliser les grands travaux d’agrandissement du port d’Ostie. Durant ces Jeux démesurés, le clou du spectacle fut la naumachie (combat naval reconstitué quasiment à l’échelle, dans le stade). Pour cette reconstitution, Claude fait appel à des vrais soldats déjà condamnés à mort pour désobéissance (ou tout ce qui peut être inclus dans le terme « insubordination ») plutôt qu’à des figurants pour toucher au plus près la vérité historique. Bref. Ce n’était rien d’autre qu’un moyen original d’effectuer une exécution publique. L’adresse de ses soldats déchus à l’encontre de Claude n’a donc rien d’original.

Ce qui l’est plus c’est l’incident qui suivit, s’adressant à lui les ex-soldats lui demandèrent grâce avant le combat, et Claude répondit : aut non : « ou bien non, peut-être pas ». Les condamnés ne combattirent que plusieurs heures après cet incident, refusant le combat et ne cédèrent qu’aux injonctions de Claude qui les menaça des pires maux dans cette vie et dans l’autre.

Aue, Caesar, morituri… C’était dit.

La formule est donc vraie, mais elle n’est qu’un épisode historique et non une généralité comme le rapporte la légende urbaine.

11Jan 2014

desports_201_3Le magazine Desports a fait son apparition le 24 janvier en librairie, une odyssée entre journalisme et littérature, un slogan: » Le premier magazine de sport à lire avec un marque-page », presque 300 pages, 20€ et une bonne bouffée d’air frais dans le domaine de la revue papier.

Qu’est-ce que Desports ?

C’est avant tout la réconciliation entre le sport et la littérature intelligente, celle qui préfère les longues phrases aux petits mots. Desports c’est du journalisme moderne même s’il y est question des Jeux de 36 ou de la petite reine belge.
On s’extasie sur les portraits hors du commun de trois braqueuses (joueuses de l’équipe féminine de basket) et on s’insurge face aux révélations de « la guerre du foot ».
Desports c’est aussi ça, un mélange entre la nostalgie du papier et le ras-le-bol de l’Équipe.

Après avoir lu Desports, deux fois, un article reste plus présent que les autres, cet article c’est celui de Samuel Forey, « Saute chameau », sur les rives de la mer Rouge, au Yémen, les autochtones pratiquent un sport aussi singulier que périlleux, le saut de chameau.
Il fait près de 50 degrés à l’ombre, les hommes de la tribu des Zaraniqs se retrouvent et pratiquent ce sport ensemble avec le seul et unique but de dépasser l’autre, d’aller plus loin, d’aller plus haut. Pour ce faire, des heures d’entraînement sont nécessaires avant de se confronter aux autres tribus. La pratique est simple, un tremplin en bois derrière lequel on aligne des chameaux, deux puis trois, enfin les concurrents s’élancent, sautent et atterrissent sur les pieds si tout se passe bien. Parfois ils atterrissent sur la tête.
À lire et à voir p73.

On trouvera dans ce magazine ce qu’on est venu y chercher. Du sport. Des sports.

Le bonus pour le prof de Français que je suis se trouve p263. Un tableau de conjugaison du verbe « zlataner » façon Bescherelle. Et si ce numéro 1 de la revue Desports était LA bonne idée littéraire de ce premier trimestre 2013 ?

[EDIT] Prochain numéro le 09 janvier 2014.

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